*Passage timide de tête dans l’entrebâillement de la porte*

Toc toc, il y a encore quelqu’un par ici… ? C’est moi…

Long time no see, mais je ne vous oublie pas. Loin de là.

Il y a toujours les vidéos que je dois finir d’assembler (j’y arriverai, j’y arriverai), et le livre sur lequel je dois continuer d’avancer (et m’autoriser le temps de m’y remettre d’ailleurs). Mais ça n’est pas de ça que je reviens vous parler aujourd’hui.

Non, aujourd’hui je replonge. Et je vous emmène avec moi dans la chute, vous voilà prévenus.

Le 6 novembre dernier, mes petits pieds m’ont transportée jusque dans ce RER B qui jamais autrement ne m’aurait manqué. Orsay-Ville, une énorme valise, mon sac à dos et mon appareil photo, je me suis installée dans le wagon-tête pour ne plus en bouger. Terminus ? Aéroport Charles de Gaulle !

Si vous avez suivi mes derniers posts, vous avez sans nul doute deviné la suite.

 

Mon retour dans les TAAF et sur l’île Amsterdam en particulier s’est organisé dès le printemps dernier. C’est dans le cadre de mon travail au sein de l’équipe grenobloise d’étude du mercure atmosphérique que j’ai eu l’opportunité folle de remettre les pieds sur ces terres australes. Le but du voyage ? 1) Installer à Pointe B de nouvelles expérimentations pour capturer du mercure à la fois atmosphérique et compris dans les eaux de pluie afin d’en étudier l’isotopie, et 2) superviser la passation de consignes entre l’hivernante sortante (Marine, qui m’avait remplacée fin 2016) et l’hivernant entrant qui va s’occuper des mesures mercure en 2018 (Yann, avec qui je suis donc partie de métropole en novembre).

Je suis partie d’OP3 à OP4 seulement, c’est à dire que j’ai passé un mois sur l’île Amsterdam (du 26 novembre au 24 décembre 2017), en tant cette fois-ci que campagnarde d’été. Un mois sur place, un mois de bateau pour y aller/revenir >> 2 mois de voyage en tout.

Assez rapidement j’ai décidé que je ne posterais pas d’article ici pendant ma présence là-bas. Trop peu de temps dans mon quotidien pour tellement de choses à vivre intensément, j’ai fait le choix de repousser le tri des photos à plus tard. J’ai essayé, tant bien que mal, de coucher régulièrement à l’écrit mes ressentis pour les partager aujourd’hui avec vous. En direct, bruts de décoffrage et profondément sincères dans leur instant, j’ai laissé mes doigts courir sur le clavier. Il va y avoir des ellipses temporelles non négligeables, que je regrette un peu mais au final pas tant que ça : si je sais que sur le moment j’aurais eu beaucoup à transmettre, je sais aussi que ces moments étaient si forts que j’ai préféré ne pas les interrompre quitte à en perdre par la suite la mémoire écrite.

Il y a beaucoup à dire et à montrer tout de même, alors je vais séparer mes récits de ce retour en terrain connu en plusieurs articles. Voici pour vous le premier jet…

Avant propos

C’est la tête toute à l’Islande que je suis partie. Rentrée tout juste la veille d’une semaine de road-trip dans ce pays qui m’avait déjà accueillie quelques années auparavant, quatre-vingt pourcents de mon activité cérébrale ce lundi 6 novembre étaient encore consacrés à ruminer les merveilles auxquelles j’avais pu fraichement assister. Je me rappelle m’être mentalement secouée dans ce RER qui m’amenait à l’aéroport pour le grand départ « Woh, Isa, tu repars à Ams là… ! Excite-toi un peu quand même ! ». Mais non, rien à faire, ma tête et mon cœur n’étaient pas encore revenus du grand Nord. Ce départ dans l’hémisphère Sud s’est fait mécaniquement, sans trop réaliser, sans grands sentiments. J’étais un peu absente, disons-le.

Ça a très vite changé.

Mercredi 8 novembre 22h03 heure locale.

Je viens de remonter dans ma cabine, pont G, pour écrire ces lignes, quittant ainsi pour quelques minutes la soirée enjouée prenant place au Forum deux ponts plus bas.

 

Que dire.

 

Je n’ai pas réussi jusqu’ici, ou pour être honnête j’ai repoussé le moment. Le moment de rapprocher mes dix doigts de ce clavier, de replonger dans l’océan des sentiments… Je suis sur le Marion Dufresne depuis hier matin, et c’est plutôt remuant. Je ne parle pas de l’eau qui nous entoure, jusqu’ici bien calme, mais bien de l’agitation des ressentis qui se bousculent en moi depuis trois jours. Pire qu’un marché de Noël aux Champs-Elysées.

 

Je ne savais pas comment appréhender ce retour dans les TAAF, alors j’avais soigneusement évité de trop y réfléchir avant d’y remettre les pieds. Méthode de l’autruche, en sortes. Le résultat est un mélange à la fois tempétueux et soigneusement maitrisé de sentiments contradictoires, d’euphorie d’être replongée dans ce bain de bonheur et de nostalgie face à tous les souvenirs qui m’explosent en pleine figure.

 

Comme à l’OP2 2016 après le départ de nos militaires et contractuels sur base, je me retrouve dans un environnement si familier et pourtant dans lequel je ne reconnais plus personne. Chaque recoin de ce navire me rappelle un souvenir, un instant, une discussion, un sourire, un ami, le passé. C’est si étrange…

 

Hier en fin de matinée, le Marion a largué les amarres. J’étais sur le pont et j’ai observé ce petit monsieur décrocher le dernier gros cordage qui retenait encore le navire à l’île de La Réunion. C’est là que j’ai commencé à réaliser, je crois. J’ai souri et je me suis sentie soudainement présente dans l’instant. Lorsque les trois coups de sirène d’au-revoir ont retenti au-dessus de moi, graves, puissants, sourds, vibrants dans l’atmosphère chaude de cette fin d’après-midi estivale, la réalité s’est ancrée dans mon corps. TAAF, here I come.

 

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Après avoir logé au pont F (départ en hivernage) et au pont D (retour d’hivernage), je suis cette année en cabine 7004 au pont G ! Cette cabine, située juste en face du hangar hélicoptère, est identique à celle que j’avais eue la première fois, c’est un ancien laboratoire reconverti. Je partage l’espace avec Célia (ornitho-écologue en partance pour un hivernage à Crozet) et… Isabelle ! (en partance pour 6 mois de campagne d’été pour la Réserve Naturelle à Kerguelen).
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Le départ est proche.
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Sur le quai, des hommes se tiennent prêts à proximité de chaque amarre. Ils n’attendent plus que le signal pour décrocher les derniers liens qui nous retiennent à la terre.
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Canots de sauvetage. À peine montés à bord, tous les passagers sont invités à une présentation des consignes de sécurité, et prennent part à l’habituel exercice d’évacuation.
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Mme le Préfet ne nous accompagne pas cette année, retenue par d’autres priorités de son calendrier. Elle a tout de même tenu à venir nous souhaiter bon voyage.
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Derniers au-revoirs !
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Le bateau pilote du port nous accompagne jusqu’à la sortie.
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Une fois au large, l’hélicoptère peut nous rejoindre. Il va décoller de sa base terrestre d’ici quelques minutes, et sur la DZ on s’active pour l’accueillir.
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Pompier paré à intervenir !
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Surprise, l’hélicoptère a changé de couleur depuis mon hivernage 🙂
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Le pilote, par contre, est le même que celui qui nous avait accompagnés en novembre 2015.

Marion, Ô Marion

Je l’aime bien, ce bateau. J’aime l’arpenter et m’ébahir devant le fait que je ne m’y perds pas et qu’il résonne en moi comme un environnement familier à présent, j’aime perdre mon regard par ses hublots dans l’infini des flots, j’aime les rencontres qu’on y fait, les discussions qu’on y tient, la justesse et la force des relations qu’on y tisse. Les parties de fléchette interminables, les repas du premier service au pas de course, les annonces du commandant au haut-parleur, l’admiration de la pleine lune le soir sur les ponts en papotant accoudés aux balustrades surplombant l’eau… La petite vie à bord s’organise. La nuit, installée dans ma bannette, le roulis me masse le corps d’un mouvement lent et répétitif, du sommet de mon crâne à la pointe de mes pieds.

Je découvre mes compagnons de voyage et déjà je m’y attache bien plus que ce que je ne pourrais m’avouer. L’équipe en partance pour Ams (69è mission !) est magique, et même si j’essaie de ne pas comparer nombre d’entre eux me rappellent mes acolytes de la mission 67. Le nouveau géner, le nouvel informaticien, le nouveau médecin, sont physiquement ou mentalement si proches de Boris, Quentin ou Nicolas que c’en est troublant.

 

Tromelin

La première escale cette année, et contrairement aux habitudes, n’est pas l’archipel de Crozet ! Nous faisons en effet d’abord cap vers Tromelin, à un jour de mer de La Réunion. Vous rappelez-vous ce petit banc de sable, appartenant au 5ème district des TAAF « les îles éparses » et où j’avais déjà eu la chance de passer en rentrant d’hivernage il y a un an ? Eh bien rebelote aujourd’hui ❤ Mission ravitaillement et dépose de personnel technique.

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Alors que le Marion arrive à proximité de Tromelin, tout le monde est dehors pour apprécier le paysage.
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À peine arrivés au large du banc de sable, les grues sont préparées pour le déchargement du fret. Il faut le sortir des cales afin que l’hélicoptère puisse l’hélitreuiller.
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Tromelin… fidèle à son image d’île de Daniel Defoe !
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Les fous masqués viennent nous dire bonjour 🙂

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Ce bleu irréel des eaux tropicales… ❤
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Carte postale tromelinesque ❤
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Détail inutile et captivant.
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La première rotation d’hélicoptère et son habituel réveil en sursaut des populations locales… Tout un groupe d’ouvriers est déposé à terre, ils vont rester un moment sur l’île pour effectuer divers travaux de réfection.
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Pagaille dans les couloirs aériens.
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Le ravitaillement commence !
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Les petits chanceux.

 

Cap au Sud

Ce ne sont que quelques heures que nous passons devant Tromelin. Rapidement, il est déjà temps de repartir pour ne pas être en retard sur le planning de la rotation australe. D’ailleurs, dès demain il nous faut repasser tout près de La Réunion pour permettre à l’hélicoptère d’y faire un aller-retour depuis le bateau. Plusieurs personnes en partance pour les trois districts subantarctiques sont en effet encore à terre là-bas car le Marion était totalement plein (plus une couchette de libre !) à cause de la présence des ouvriers qui ont été déposés aujourd’hui à Tromelin. Les places étant maintenant libérées, ces personnes vont être récupérées par le pilote depuis le large sans que nous ayons besoin de revenir au port.

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Île de La Réunion ❤
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Une balise météo est jetée à la mer par des membres de l’équipage du Marion.
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Conteneur de l’IPEV solidement attaché à l’arrière du bateau. Il sera débarqué à Crozet ou Kerguelen.

Et maintenant, direction Crozet ! Très vite dans un prochain article… 🙂

13 novembre

Voilà déjà 6 jours que je suis en mer, et pourtant il y a 2 ans exactement l’OP3 débutait seulement. Le 13 novembre 2015 je posais le pied à bord du Marion Dufresne pour la première fois de ma vie.

13 novembre 2015… Debout sur une passerelle à l’arrière du bateau, mon regard croise le pavillon français qui peine à flotter en l’absence de vent de cette belle journée ensoleillée. L’émotion est là alors que les souvenirs de ce même drapeau en berne et du discours de Mme le Préfet nous annonçant la terrible nouvelle des attentats parisiens me reviennent avec force. Déjà deux ans.. On ne vous oublie pas.

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