Bonjour par ici 🙂

Dimanche 7 Février – Me voilà assise au bureau de Guillaume à Géophy, surveillant sur son écran l’évolution de la température interne de ses appareils de mesure des gaz à effet de serre de Pointe B, pendant que lui-même est sur place en train de les protéger pour les travaux qui vont commencer là-bas. Par la fenêtre l’océan, le vent qui caresse les cyprès importés, la base comme figée dans l’instant.

Aujourd’hui c’est dimanche, lendemain de soirée (nous avons fêté les 24 ans du benjamin de la mission), tout tourne au ralenti. Les anniversaires s’enchaînent en ce moment. 2 en Janvier, 3 en Février, 4 nous attendent en Mars, 2 en Avril, 2 en Mai, … la mission 67 est plutôt du début d’année.

Ce soir avec le doc’, l’informaticien, le géner et le vsc resnat-habitat, nous allons passer une nuit en cabane hors de la base. Les nuits en cabane, c’est un peu comme les nuits en refuge à la montagne. On se fait la popote nous-même dans le petit coin cuisine, on dort tous dans la même pièce dortoir (d’ailleurs en général il n’y a qu’une seule pièce dans la cabane), il n’y a ni toilettes ni eau potable ni électricité (nous pourrions allumer des groupes électrogènes, mais c’est plus sympa à la bougie alors on opte toujours pour cette solution), bref c’est une ambiance bien agréable et ça permet de prendre un peu l’air et de se retrouver en petit groupe de temps en temps. Cette nuit ce sera la cabane de Ribault, la plus spacieuse, située sur la côte Est de l’île à 15-20 minutes à pied de la base.

Les sorties hors base, voilà le sujet de ce nouvel article 🙂

La réglementation des TAAF

Pour des raisons de sécurité liées à l’isolement dans lequel se trouvent les districts des Terres Australes, la circulation des hivernants hors base y est très réglementée. En effet en cas d’accident, les secours sont très délicats voir impossibles dans certaines zones escarpées, et se font exclusivement à pied (et même sur une petite île comme Ams, ça peut signifier plusieurs jours de rapatriement jusqu’à la base s’il faut brancarder quelqu’un). Pour les cas les plus graves nécessitant un rapatriement d’urgence vers la Réunion, il faut compter une dizaine de jours si aucun bateau ne passe par hasard dans le coin. Pour rappel, c’est beaucoup plus long qu’un rapatriement depuis la station spatiale internationale (parenthèse d’ailleurs, ce sont nos plus proches voisins lorsqu’ils passent au-dessus de notre tête ! Quelques centaines de kilomètres contre 1300 km nous séparant de nos confrères de Ker).

Bref, on veut éviter tout problème de ce genre, et il y a donc des règles à suivre !

  • Dès que l’on sort du périmètre de la base, s’inscrire sur le tableau du BCR (Bureau des Communications Radio) en précisant le jour et l’heure de départ, le nom des participants à la sortie, la destination, le jour et l’heure prévue de retour sur base, le nombre de radios emportées.
  • Toujours avoir une radio avec soi quand on quitte la base (une par groupe minimum), allumée bien sûr, sur un canal qu’on capte bien à l’endroit où l’on va (l’île est ‘découpée’ en plusieurs zones qui ne sont pas couvertes par les mêmes fréquences).
  •  À part sur les chemins tracteurs et quelques sentiers bien balisés (comme celui qui mène à Pointe B), obligation d’être en groupe de minimum 3 personnes pour quitter la base.
  • À part pour les manips à la journée routinières telles que celles des chimistes à Pointe B, ou les gars qui vont pêcher pas loin, lorsqu’un groupe est hors base pour un moment le chef de manip doit contacter régulièrement le BCR par radio pour faire le point. Ce sont ce qu’on appelle les vac, traditionnellement une le matin à 8h et une le soir à 19h. Le chef de manip précise le lieu où ils se trouvent, comment ça se passe, et demande en général les prévisions météo. Le long de certains longs transits à travers l’île, nous avons aussi obligation de faire une com radio lorsqu’on passe à certains endroits précis. En cas de problème et de lancement de recherches cela réduit ainsi la zone à fouiller. Beaucoup de bâtiments possèdent des radio fixes paramétrées en « scan » en permanence (c’est le cas du Skua et de Géophy par exemple), ce qui fait que lorsque quelqu’un sur l’île parle à la radio sur n’importe laquelle des fréquences, on l’entend en direct (ces conversations sont donc loin d’être privées, il y a potentiellement 21 autres personnes qui écoutent ce qu’on y dit… !). Je trouve ça assez magique à chaque fois comme ambiance, ça me fait réaliser à quel point nous sommes une petite communauté perdue dans l’aventure, avec pour seul moyen de communication ces engins me rappelant les talkies-walkies de mon enfance. Une fois les formalités de prise de nouvelles et information sur la météo à venir passées entre les extérieurs et le BCR, il n’est pas rare que quelqu’un sur base ayant entendu la conversation s’y intègre pour discuter avec les absents, lancer une blague le plus souvent x)
  • Pour que tout ça se goupille bien, avant de partir en manip hors base il faut « poser une feuille de manip ». C’est un formulaire que le chef de manip remplit au moins 48h à l’avance (officiellement) en y indiquant les dates et heures de départ et de retour prévues, s’il s’agit d’une manip professionnelle ou loisir, son lieu et sa raison. Il pose cette feuille à la vue de tous dans le Skua (bâtiment de vie commune), et n’importe qui peut y rajouter son nom en tant que « manipeur » pour accompagner le chef de manip sur cette sortie. Si on était de permanence sécu incendie ou de petite marie pendant les dates concernées, on doit se trouver un remplaçant pour ces tâches afin de se libérer et d’avoir le droit de sortir. Tout ceci est à marquer sur la feuille de manip aussi 🙂 Pour avoir le droit de partir le jour J, il faut veiller à ce que la feuille de manip soit bien signée par le chef sécu, le chef cuisine (qui s’occupe de nous préparer de quoi faire des sandwichs), le médecin et le chef de district (qui signe définitivement une fois que tous les autres ont signé).
  • Toute personne posant une feuille de manip est donc par définition le « chef de manip », qui sera accompagnés de « manipeurs » (ceux qui décident de s’inscrire). C’est du jargon taafien, le même dans tous les districts. Ne peut être chef de manip qu’une personne ayant déjà été à l’endroit concerné au moins une fois en tant que manipeur. Je ne suis par exemple encore jamais montée au sommet de l’île, je n’ai donc pas le droit de poser une manip « Sommet de la Dives » et dois attendre que quelqu’un qui y est déjà allé propose cette sortie pour m’y inscrire en tant que manipeur. Ensuite seulement, j’aurai le droit si je veux dans le futur de proposer cette rando moi-même.
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Feuilles de manip posées au Skua.

Bref, partir en manip c’est toute une petite organisation, mais c’est drôlement chouette, c’est comme partir en vacances alors qu’on se sent déjà un peu en vacances ici.

Je vous partage ci-dessous des photos prises lors de trois manips que j’ai faites il y a un bon moment déjà, 2 d’entre elles avant OP4 et le départ des anciens hivernants. D’autres articles manips suivront 🙂

Manip Resnat près d’Antonelli

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Trajet de la manip, en deux jours. Jour 1 : Marche de la base jusqu’à la cabane Antonelli où on dépose le gros de nos sacs, puis journée entière à crapahuter au-dessus de la cabane pour faire des inventaires botaniques. Nuit à Anto, puis jour 2 au matin : redescente sur base. Cliquez sur l’image pour l’ouvrir en grand !

Cette manip était une manip professionnelle (à l’opposé de manip loisir), réalisée entre OP3 et OP4 ! Elle avait été posée par les gars de la Resnat, et le but était de définir des mailles carrées de 10 m de côté à des endroits stratégiques, puis à l’intérieur d’y répertorier toutes les espèces végétales que l’on trouvait, en caractérisant leurs pourcentages d’occupation du sol, leurs hauteurs moyennes, etc. Ceci afin de pouvoir, au fil des mois puis années, comparer l’évolution de l’impact des espèces végétales invasives par rapport aux espèces natives, si elles finissent par les étouffer complètement, par fermer les milieux, ou si la progression est minime. Nous avons à chaque fois relevé les coordonnées gps et délimité les carrés d’étude par de petits piquets que nous avons laissé sur place pour pouvoir les retrouver plus tard quand on reviendra (ainsi que les missions futures).

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Joli spectacle au-dessus de nos têtes par cette très belle journée de fin de printemps 🙂
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La base à droite, on distingue Pointe B sur la gauche ! Coulées de basalte en premier plan 😉
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Capturée par Julien, vsc resnat-habitat. Jusqu’à cette année il n’y avait qu’un seul vsc pour la Réserve Naturelle (employé par les TAAF et non l’IPEV comme moi). Mais pour la mission 67 ils sont à présent 2 car la charge de travail devenait trop importante : Olivier, qui s’occupe de la réintroduction du phylica, arbuste endémique d’Ams (il en fait pousser des centaines en pépinière tout au long de l’année, et lorsqu’ils sont assez grands on va les planter sur l’île), et Julien qui s’occupe de tout ce qui est étude des plantes introduites, invasives, observation de leur répartition sur l’île, leur évolution dans le temps.
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Similaire à la photo précédente mais prise de beaucoup plus haut en altitude, on retrouve Pointe B à gauche et la base à droite. Les nuages, plus bas que nous, donnaient une ambiance spéciale au paysage !
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Toujours ces nuages étrangement plus bas que notre position, mais ne courant pas jusqu’à nous. L’océan tout autour, pour seul et unique horizon. C’est un spectacle apaisant dont je ne me lasse pas.
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La même avec Pointe B (cet article n’est pas du tout biaisé chimiste, non non). Si vous vous rappelez de mon article sur la passation, vous vous rappelez peut-être qu’il y a deux bâtiments à Pointe B. Le principal, ici à droite, est celui où se trouvent mes appareils de mesure du mercure et de l’ozone atmosphériques. Le plus petit à gauche, à côté du grand mât, abrite des appareils de mise en flacon de l’air dont s’occupe Guillaume.
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Les scirpes, présentes dans tout le premier plan, recouvrent une grande partie de l’île. Au fond, la base. Photo prise depuis le point le plus haut de la manip.
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Lycopodiella cernua, petite plante d’une dizaine de centimètres de hauteur aux allures de sapin de Noël.
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Jamais sans sa zezette ! La radio obligatoire pour quitter le périmètre de la base.
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Cabane Antonelli, le soir. La nuit ne va pas tarder à tomber, les bougies sont déjà allumées.

Manip Grand Tunnel

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Trajet de la manip 🙂 La montée jusqu’au cratère Vénus inférieur se fait dans des tunnels de lave, la redescente en surface. Cliquez sur l’image pour l’ouvrir en grand !

Voici cette fois une manip loisir, qui avait été posée par Clément, le vsc informaticien de la mission 66. L’île d’Amsterdam est (antisèche ici pour ceux qui ont besoin d’une piqûre de rappel) une île volcanique constituée de coulées de basalte qui ont laissé derrières elles des tas de cavités / trous / grottes / tunnels. En effet, lors des éruptions, la croûte superficielle des coulées de lave s’est solidifiée en premier alors que la roche en fusion continuait de s’écouler en dessous. En s’évacuant, cette dernière a laissé du vide sous la fine surface basaltique.

On trouve donc sur toute l’île des grottes cachées, des trous sous nos pieds, des cratères plus ou moins étriqués, des tunnels que l’on peut remonter.

Quelques unes des plus célèbres (ou presque) :

  • L’Otarie Club, juste au-dessus de la base. C’est une grotte à l’ambiance très… sectaire je dirais ! Avec des crânes de vaches qui jadis vécurent sur cette île, une sorte d’autel au centre de la grotte, et un « plafond » très haut au centre duquel perce la lumière du jour via une cheminée traversant le basalte jusqu’à l’air libre pile poil au-dessus de l’autel. Je vous montrerai ça en photo un jour, tiens.
  • La Grotte du Bib’, non loin de la Pointe de la Recherche au Nord-Ouest de l’île, la légende dit qu’une année le médecin s’y est isolé et y a vécu pendant un moment… !
  • La Grotte de Pointe B. … Bon en vrai elle n’est pas très connue celle-ci, hm ! Devant le bâtiment principal de Pointe B part une grotte/tunnel pas très long dans laquelle on descend en s’agrippant à une corde, et qui arrive dans la falaise sur un joli point de vue sur l’océan.
  • Le Grand Tunnel, suite de galeries souterraines descendant depuis les cratères Vénus jusqu’à la base.
  • La Coulée Heurtin, du nom du fermier qui avait apporté des vaches sur l’île il y a fort fort longtemps. Même principe que le Grand Tunnel.

Cette île est un vrai gruyère, et consigne nous a été donnée dès le séminaire de formation à l’Institut Polaire de faire très attention à l’endroit où l’on pose les pieds. « Si fougère il y a, le pied n’y mets pas ! » Les fougères poussant en effet partout où il y a des trous.

Brefouille brefouille, en ce jour de Décembre nous partîmes pour une petite journée de ‘spéléo’ en remontant le Grand Tunnel ! Casques, gants et lampes frontales de sortie, j’ai assez rapidement été recouverte de boue de partout, et c’est ça qui est bon 🙂

À part un ou deux passages un peu plus délicats de grimpette ou au contraire de contorsion proche du sol, pas de grande difficulté technique dans cette manip. Juste le plaisir de se retrouver immergés dans les entrailles du volcan et de faire une activité sortant de l’ordinaire.

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Basalte et concrétions.
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Joyce l’exploratrice !
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Le chef de manip nous attendait l’appareil photo au poing à la sortie d’un des tronçons de tunnel. Nous devions en effet régulièrement ressortir à l’air libre car des parties sont effondrées.
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En arrière plan le cratère Vénus inférieur, point d’arrivée de notre manip. En premier plan, entrée d’une portion de tunnel 🙂
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Boris le géner et son âme d’explorateur.
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Clément ouvre la marche !
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Et nous voici arrivés en haut du cratère ! Après un pique-nique et une sieste bien mérités, nous admirons la vue. La base au loin, et le Grand Tunnel serpentant dans la pente en succession de segments couverts et à ciel ouvert.
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De retour près de la base !

Manip Pointe de la Recherche

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Trajet de la manip, à la journée. À l’aller nous sommes passés par la cabane Antonelli puis sommes descendus jusqu’à la Pointe, et au retour nous avons longé la côte pour passer par la Chaussée des Otaries et Pointe B. Cliquez sur l’image pour l’ouvrir en grand !

Une petite dernière pour cet article ! La Pointe de la Recherche est située au Nord-Ouest de l’île, et forme un replat topographique à quelques dizaines de mètres de hauteur au-dessus de l’océan. C’est à partir de cette pointe qu’en descendant la côte Ouest vers le Sud les falaises s’élèvent de plus en plus jusqu’à atteindre plus de 700 m de hauteur au Sud-Ouest de l’île.

Cette manip loisir, proposée par le disams (chef de district), s’est déroulée par une journée très estivale, chaude et ensoleillée. Si chaude que la sieste post-pique-nique en devint vite étouffante !

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Cratère Antonelli.
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Le même vu depuis la cabane. Le cratère Antonelli contient un petit bois bourré d’espèces introduites, mais qui ne prolifèrent pas vraiment car elles sont confinées à l’intérieur de celui-ci.
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Héhé, encore Pointe B au loin vue depuis le rebord du cratère !
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La cabane depuis le bord du cratère.
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Nous voici à la Pointe de la Recherche, où les coulées basaltiques sont particulièrement bien conservées, d’un noir encore sombre. On y voit sans problème les plissements de la matière alors visqueuse dans le sens de la ligne de plus grande pente.
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Otarie à la mer !
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Otarie à la sieste x)
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Prémices des falaises vertigineuses de la côte Ouest.
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Otarie à la piscine 🙂
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La troisième plus grosse île du coin après Ams et St Paul ! :p
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Zoom sur les falaises.
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Détails sauvages…
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Quand l’océan rencontre la seule terre à des milliers de kilomètres à la ronde.
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Pointe B, le retour !
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Une sterne subantarctique en vol.
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Et pour finir, nous sommes tombés sur un gorfou sauteur solitaire !

Nous voilà arrivés au terme de cet article premier du genre, j’espère qu’il vous a plu. Des bisous à tous, et à très vite !

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Je ne vous quitte pas sans un pups, en voilà qui bêle ❤

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