Chose promise chose due, je vous retrouve aujourd’hui pour un petit article explicatif sur le bateau Marion Dufresne et ses rotations dans les îles subantarctiques françaises.

Le bateau

Celui qu’on appelle couramment le Marion Dufresne, ou même le Marion, est pour être correcte le Marion Dufresne II. C’est en effet le deuxième bateau du nom, ayant succédé en 1995 au Marion Dufresne « I » qui était en service depuis 1973.

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Le Marion aux Kerguelen. Source

C’est qui Marion?

D’où ce bateau tient-il son nom? Je vous vois venir…! « Bah, d’une madame Dufresne? »

Eh bien non.

Monsieur Marc-Joseph Marion du Fresne était un navigateur français du XVIIIè siècle, ayant vécu de 1724 à 1772 et qui a découvert (je vous avoue que je triche avec Wikipédia là):

  • l’île Marion et l’île du Prince-Édouard, qui forment l’archipel du Prince-Édouard au sud-est de l’Afrique du Sud dans l’océan Indien, et appartiennent aujourd’hui à l’Afrique du Sud,
  • les îles Crozet (celles-ci vous devez normalement les connaitre si vous suivez mon blog!), nommées en référence au second de Marc-Joseph, un certain Julien Crozet qui a débarqué sur l’île principale de l’archipel (l’île de la Possession) en 1772.

Caractéristiques du bateau

marion

Pour les navigateurs qui me suivent, vous trouverez plus de caractéristiques techniques dans les liens en bas de l’article!

Ses missions

Propriété des TAAF, le bateau a deux missions principales:

  • Les campagnes océanographiques scientifiques tout autour du globe, sous la responsabilité de l’IPEV. Le Marion est en particulier équipé du carottier « Calypso » qui peut prélever des carottes sédimentaires de plus de 60 m de long au fond des océans, il est le plus performant au monde à ce jour!
  • Les rotations dans les îles subantarctiques françaises, pour ravitailler les bases de Crozet, Kerguelen et Amsterdam, et effectuer les relèves de personnels. Le Marion est alors à la fois pétrolier (il fournit les îles en pétrole), porte-hélicoptère (l’hélico sert lors des escales pour débarquer le personnel et les containers), navire de « croisière » pour sa centaine de passagers, et transporteur de tonnes de matériel scientifique et nourriture à livrer sur les différents districts. Ce rôle du Marion Dufresne est primordial étant donné que les districts ne sont accessibles QUE par la mer (aucune piste d’atterrissage).

Alors que quelques uns de mes amis ont eu la chance il y a quelques années de partir plusieurs semaines en mission océanographique sur le Marion dans le cadre d’un stage de recherche, c’est le deuxième point qui me concerne personnellement dans le cadre de mon hivernage.

Les OP, rotations en terres australes

Chaque année, le bateau effectue 4 rotations depuis la Réunion, desservant dans cet ordre les îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam. Une rotation est, dans le jargon taafien, appelée une OP, pour Opération Portuaire. Il y a donc chaque année OP1 (aux alentours d’Avril), OP2 (aux alentours de Septembre), OP3 (aux alentours de Novembre) et OP4 (aux alentours de Décembre). Pour l’année 2015, ça donne OP15-1, OP15-2, OP15-3 et OP15-4.

Vous remarquez que les OP ne sont pas réparties régulièrement sur l’année, mais plus fréquentes autour de l’été austral. Durant l’hiver austral les districts sont isolés pendant 5 mois.

Lors des escales sur les îles, plusieurs jours sont nécessaires au déchargement de nourriture, matériel et fuel du bateau et chargement des déchets pour évacuation. Les aller-retours de l’hélicoptère entre le Marion et la base s’enchainent tant que la météo le permet, et tout le personnel sur base, tous métiers confondus, est mis à contribution pour aider.

Les nouveaux hivernants arrivent traditionnellement avec l’OP3, en Novembre. C’est donc avec OP15-3 que je vais quitter la Réunion le 13 Novembre prochain. J’aurai la chance de naviguer sur un Marion refait à neuf, ayant suivi une cure de jouvence à Dunkerque de Mars à Juillet dernier.

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Le Marion chouchouté, en rénovation à Dunkerque. Source
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Calendrier prévisionnel de la rotation OP15-3. Les durées d’escales et de trajet sont susceptibles de changer selon la météo.

Mission Ams67

Pour finir sur cet article, une petite explication concernant mon hivernage: il s’agit de la 67è mission sur l’île d’Amsterdam. C’est à dire que chaque année depuis les années 50, des hivernants se relaient sur place pour mener à bien des programmes scientifiques et faire tourner la base.

On peut distinguer deux groupes de personnes:

  • Les hivernants (dont je fais partie), qui restent un an entier sur le district, dont l’hiver pour assurer la permanence des études (les saisons sont inversées dans l’hémisphère sud),
  • Les campagnards d’été, qui restent de quelques semaines à quelques mois pour des programmes scientifiques ne nécessitant pas un suivi sur toute l’année.

Ainsi, la population sur les bases peut varier du simple au double entre l’hiver et l’été. En ce qui concerne la mission Ams67, nous seront une vingtaine d’hivernants à nous retrouver juste entre nous pendant l’hiver austral. Comme vous l’avez vu dans mon article concernant le séminaire, j’ai déjà rencontré 5 autres hivernants et un campagnard d’été. Pourquoi n’ai-je pas vu les autres?

Car n’était présent à l’Institut Polaire que le personnel employé par l’Institut Polaire 🙂 Or parmi tous les hivernants et campagnards, on distingue:

  • Les scientifiques, en majeure partie employés via l’IPEV en Volontariat au Service Civique (VSC, c’est moi, et ce sont ceux que j’ai rencontrés à Brest (hormis le médecin)),
  • Les civils, principalement contractuels des TAAF, le cuisinier, parfois du personnel Météo France, des peintres, des maçons, pour entretenir les bâtiments sur la base, le chef de district,
  • Les militaires, rattachés aux TAAF et provenant des trois corps de l’armée: l’armée de terre, l’armée de l’air et la marine nationale. Ils sont là en tant que mécanicien, gérant postal, responsable de la centrale électrique, responsable de la communication, plombier, etc. On trouve aussi ici le médecin (que j’ai rencontré au séminaire), qui pour la durée de l’hivernage devient médecin militaire.

Ceci est un schéma général, qui peut varier un peu d’année en année. Il est possible par exemple que le chef de district soit militaire de carrière, ce qui n’est pas le cas du « mien » (ingénieur à l’ONF, vous pouvez le voir ici et ici).

Je pourrai vous décrire exactement les effectifs d’Ams67 une fois sur l’île, je ne les connais pas pour le moment.

Toujours est-il que (je blablate, je blablate) voilà l’image à laquelle je voulais en venir:

calendrierOP

Elle explique de manière très synthétique et sans tenir compte de certaines nuances le déroulement des relèves à Amsterdam. Ce que vous devez y voir:

  1. Je vais arriver sur l’île avec OP3, en compagnie des autres VSC que j’ai rencontrés au séminaire,
  2. Nos prédécesseurs en ce moment sur l’île ne vont pas repartir quand nous arrivons. Ils vont rester sur place jusqu’à l’OP suivante, afin d’avoir plusieurs semaines pour nous transmettre leur savoir, nous montrer comment marchent les machines, nous aider dans nos premières manips, etc,
  3. De même, je ne repartirai pas moi-même avec l’OP3 de 2016 quand mon successeur arrivera, mais resterai un treizième mois sur l’île pour le former avant de repartir avec l’OP4,
  4. Si je ne me trompe pas, il n’y a pas ce système de chevauchement pour les hivernants des TAAF (civils, militaires).. Les anciens repartent avec la même rotation que celle qui amène les nouveaux,
  5. Mes collègues hivernants TAAF de la mission 67 que je n’ai pas encore rencontrés sont déjà arrivés sur l’île avec l’OP2 en Septembre. Ils repartiront en Septembre prochain, et je vivrai donc la fin de mon hivernage avec les hivernants TAAF de la mission suivante,
  6. Pour les campagnards d’été, certains ne restent qu’un mois, d’autres 5.

J’ai hâte de rencontrer tous ces gens, que ce soit pour quelques jours, quelques semaines, quelques mois ou plus d’un an. Je communique déjà depuis le mois de Juillet par mails avec nos prédécesseurs sur l’île, et l’un d’entre eux m’a dit il y a quelques jours que le dernier mois avant le départ est le plus long. Le séminaire nous a mis l’eau à la bouche, et maintenant il faut attendre patiemment le départ..! En parallèle, c’est la course pour finir tout ce qu’il y a à faire avant le départ et mes formations scientifiques vont enfin commencer jeudi.

Le mot de la fin

Il y a tant à dire que je pourrais quasiment consacrer un article entier à chaque phrase que j’écris, c’en est frustrant! J’essaie de ne pas partir dans tous les sens et de ne pas trop développer pour que cela reste lisible et pas trop long, mais du coup n’hésitez vraiment pas à poser des questions en commentaires.

Merci à vous tous qui me lisez, l’une de mes plus grandes passions est de partager (par la photo et par l’écrit) et ça me fait drôlement plaisir d’avoir vos retours. Merci aussi pour vos vœux de bon anniversaire, je fête aujourd’hui mes 24 ans et me demande ce que je vous écrirai dans un an lorsque je passerai le cap du quart de siècle au bout du monde…!

Quelques liens:
  1. Visite du Marion en photos
  2. Présentation du bateau par les TAAF
  3. Fiche détaillée du bateau par l’IPEV
  4. Page Wikipedia du bateau
  5. La Voix du Nord, jouvence du Marion

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